Dépistage des cancers du sein : il n'est jamais trop tard pour commencer
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Portrait - Pr Claude Linassier - Institut national du cancer
Le Pr Claude Linassier, oncologue et directeur du Pôle Prévention et organisation du parcours de soins à l'INCa, revient sur les principaux résultats et messages de l'étude d'impact du dépistage des cancers du sein menée entre 2004 et 2018.
Pourquoi l'INCa a-t-il engagé ce travail d'évaluation ?
Le dépistage organisé du cancer du sein existe depuis plus de vingt ans en France, avec des moyens humains et financiers importants mobilisés chaque année. Il nous semblait essentiel de s'assurer de l'adéquation entre les moyens mis en œuvre et les objectifs poursuivis, et de déterminer si ce dispositif tient vraiment ses promesses. C'est une question de responsabilité, à la fois vis-à-vis des femmes concernées et des fonds publics investis. On ne peut pas se contenter de penser que le dépistage fonctionne, il faut le démontrer.
Qu'est-ce que cette étude confirme et qu'est-ce qu'elle apporte de nouveau ?
Cette modélisation confirme ce que l'on savait : le dépistage sauve des vies. Il permet de diagnostiquer des cancers plus tôt, avant qu'ils ne deviennent graves. Nous disposons désormais d'une estimation de ce bénéfice à l'échelle de la France que nous pouvons mettre en regard des risques, qui restent limités.
Quel résultat vous semble le plus marquant à retenir ?
Le résultat qui illustre le mieux l'intérêt du dépistage, c'est celui-ci : le dépistage réduit d'environ 20% la mortalité par cancer du sein en France, un chiffre comparable à celui observé dans les grandes études internationales.
En complément, on peut également évoquer un enseignement qui parle directement à chaque femme : plus on commence tôt dans la période de 50 à 74 ans recommandée, plus le bénéfice est important. Une femme qui débute le dépistage à 50 ans et le poursuit tous les deux ans peut voir son risque de mourir d'un cancer du sein diminuer d'environ 40% au courant de sa vie. A 60 ans, c'est encore 30%. A 70 ans, 20%.
Le message est clair : il n'est jamais trop tard pour commencer.
Comment ces résultats permettent-ils de mieux évaluer la balance bénéfices-risques du dépistage ?
Comme tout examen médical, la mammographie n'est pas sans risque. Parmi eux, le surdiagnostic : environ 8% des cancers dépistés n'auraient pas évolué ni menacé la vie de la personne. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on ne sait pas encore distinguer ces cancers des autres, qui sont très largement majoritaires.
L'autre risque est lié à l'exposition aux rayons X reçus lors de la mammographie : sur 100 000 femmes qui participent au dépistage organisé, on estime qu'environ 22 décès pourraient être dus à des cancers radio induits. Ce chiffre est à mettre en perspective avec les décès évités par ailleurs.
Si vous deviez retenir un seul message pour les femmes qui hésitent, quel serait-il ?
La peur n'évite pas le danger. Se faire dépister, c'est se donner toutes les chances de détecter un cancer avant qu'il n'évolue trop. L'efficacité du traitement ne sera que meilleure, et causera moins de séquelles.