Dépistage du cancer de la prostate
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Aujourd’hui, le bénéfice du dépistage du cancer de la prostate n’est pas clairement démontré : il n’est pas certain que ce dépistage permette d’éviter des décès liés au cancer de la prostate.
Les deux plus grandes études scientifiques internationales présentent des conclusions contradictoires sur ce point (l'étude européenne ERSPC et l'étude américaine PLCO). C’est pourquoi, il n’existe pas en France, ni dans aucun autre pays, de programme national de dépistage du cancer de la prostate mis en place par les autorités de santé et qui s’adresserait à tous les hommes de manière systématique.
Si vous envisagez de vous faire dépister ou si votre médecin vous le propose, il est important de disposer d’une information complète sur les avantages et inconvénients des examens de dépistage mais aussi de leurs conséquences.
L’essentiel sur le cancer de la prostate
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent et la 2e cause de mortalité par cancer chez les hommes : on compte 59 885 nouveaux cas en 2018 et 9 228 décès en 2022 en France (Panorama des cancers, édition 2025).
Qui est concerné ?
Ce cancer est fortement lié à l’âge : il est rare avant 50 ans et c’est autour de 70 ans que le nombre de cas est le plus élevé. Il touche également plus fréquemment les hommes ayant des antécédents familiaux de cancer de la prostate et les personnes d’origine africaine ou antillaise. Le cancer de la prostate représente la deuxième cause de décès par cancer chez les hommes derrière le cancer colorectal : les trois quarts des décès ont lieu après 75 ans.
Un cancer d'évolution généralement lente
Le cancer de la prostate évolue le plus souvent lentement (10 à 15 ans en moyenne), avant que n’apparaissent des symptômes. Mais certains cancers de la prostate peut évoluer rapidement et donner des métastases. Or, à l’heure actuelle, il est impossible de savoir, au moment du diagnostic, si un cancer détecté à un stade précoce deviendra agressif ou non.
Signes d'alerte
Si vous avez des inquiétudes concernant des troubles urinaires (difficulté à uriner, besoin plus fréquent d’uriner, incapacité à uriner, douleurs ou brûlures…), des éjaculations douloureuses ou des troubles de l’éjaculation, consultez votre médecin pour les lui signaler. Cela ne signifie pas nécessairement que vous avez un cancer. Une hypertrophie bénigne de la prostate (adénome de la prostate) ou une prostatite peuvent être à l’origine de ce type de symptômes.
Cancer de la prostate : faut-il se faire dépister ?
Ce dépistage consiste en un toucher rectal associé à un dosage de PSA (antigène prostatique spécifique).
Le toucher rectal
Cet examen de la prostate, inconfortable mais indolore, permet au médecin de vérifier le volume, la consistance et la texture sur une partie de la prostate. Un toucher rectal normal n’exclut pas un cancer car cet examen ne permet de détecter que des tumeurs palpables.
Le dosage de PSA via une prise de sang
Le PSA (antigène prostatique spécifique) est une protéine produite par la prostate et présente normalement en petite quantité dans le sang.
Si votre taux de PSA est élevé, cela peut être lié à la présence d’un cancer de la prostate et donc permettre de le détecter à un stade précoce, avant l'apparition d’éventuels symptômes. Cependant, un dosage élevé ne signifie pas toujours que vous avez un cancer. En effet, d’autres maladies (hypertrophie de la prostate, prostatite ou infection urinaire) peuvent aussi augmenter le taux de PSA dans le sang. Face à une augmentation du PSA, des examens complémentaires (dont des biopsies) seront le plus souvent prescrits pour vérifier la présence d’un cancer. Dans 70% des cas, il s’avère qu’un dosage de PSA élevé n’était en réalité pas lié à un cancer de la prostate et a inquiété l’homme à tort.
Un taux de PSA faible signifie, dans 90% des cas, qu'il n'y a pas de cancer de la prostate. Toutefois, il peut arriver qu'un taux de PSA soit faible, alors qu’un cancer est présent (10% des cas).
Il existe des précautions à prendre avant de réaliser un dosage de PSA (éviter de le réaliser dans les jours suivant un rapport sexuel ou un toucher rectal). Parlez-en avec votre médecin.
Des tests de dépistage insuffisamment fiables
Si ces examens peuvent permettre de se rassurer ou de donner une indication précoce de développement d’un cancer de la prostate, ils peuvent également passer à côté d’un cancer et vous rassurer à tort. Inversement, ils peuvent amener à faire inutilement une biopsie voire à recevoir un traitement, pouvant être à l’origine de complications.
Par ailleurs, les modalités d’utilisation de ces examens en tant que tests de dépistage (intervalle entre les dépistages, taux au-dessus duquel un dosage de PSA devrait être considéré comme anormal) ne font pas consensus et la conduite à tenir par le médecin en cas de dosage considéré comme anormal n’est pas standard.
La biopsie
La biopsie peut être prescrite par votre médecin si :
- une anomalie est détectée au toucher rectal (quelle que soit la valeur du dosage de PSA) ;
- votre dosage de PSA est élevé.
Elle permet de confirmer ou non la présence de cellules cancéreuses dans la prostate.
La biopsie consiste à prélever, sous anesthésie locale, des échantillons de la prostate avec une aiguille en passant par le rectum. Les échantillons sont analysés à la recherche de cellules cancéreuses. Il s’agit d’un examen désagréable, voire douloureux, qui peut être à l’origine de complications (sang dans les urines, le sperme ou le rectum, dans moins de 5% des cas). Plus rarement, il peut entraîner des infections ou une inflammation (moins d’1% des cas).
La biopsie présente elle aussi des limites : 20% des hommes ayant un résultat de biopsie négatif ont en réalité un cancer.
Le problème du surdiagnostic et du surtraitement
Au moment du diagnostic, on ne sait pas distinguer les cancers de la prostate détectés à un stade précoce qui vont devenir agressifs et doivent donc être traités, des cancers qui vont rester latents et ne pas nécessiter de traitement, soit près de la moitié des cancers de la prostate dépistés. On risque donc d’opérer un patient ou de lui donner un traitement, dont il n’aurait pas eu besoin.
Traitements : quelles options ?
Il existe différents traitements du cancer de la prostate. Les principaux sont la chirurgie (ablation de la prostate ou prostatectomie), la radiothérapie, la curiethérapie (implants radioactifs placés à l’intérieur de la prostate), l’hormonothérapie et la chimiothérapie.
Ces traitements sont efficaces mais ils peuvent exposer les hommes à des effets secondaires plus ou moins sévères affectant la qualité de vie (troubles sexuels, urinaires et digestifs). Au total, plus d’un homme sur deux aura au moins une complication dans les deux ans qui suivent le début de son traitement.
Parce que le cancer de la prostate évolue lentement, il n’y pas toujours d’urgence à le traiter. Certaines équipes médicales proposent ainsi une surveillance avec des contrôles réguliers, ou "surveillance active" (dosage de PSA, biopsies et toucher rectal). Si le cancer évolue et devient agressif, un traitement est proposé dans un second temps.
Cette stratégie vise à éviter le traitement agressif des cancers à évolution lente et les possibles complications et effets indésirables des traitements. Mais l’incertitude, l’inquiétude et l’inconfort liés aux examens à répétition peuvent être difficiles à vivre. Par ailleurs, les protocoles de suivi ne sont pas clairement définis.