Cancers avant 55 ans : une étude explore le rôle du vieillissement biologique accéléré
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Institut de Cancérologie de l’Ouest ©Jean-Marie Heidinger/Mirage Collectif
Une étude internationale publiée dans la revue Nature Medicine suggère qu’un vieillissement biologique accéléré pourrait contribuer à expliquer pourquoi un nombre croissant de jeunes adultes développent un cancer avant 55 ans. Ces travaux menés par l’équipe PROSPECT, soutenue par l’Institut national du cancer dans le cadre de Cancer Grand Challenges, ouvrent des pistes pour mieux comprendre l'augmentation des cancers à début précoce observée chez les jeunes adultes.
Depuis plusieurs années, les chercheurs observent une augmentation des cancers diagnostiqués chez les jeunes adultes. Cependant, le cancer reste principalement une maladie diagnostiquée après 50 ans, et cette hausse chez les jeunes adultes reste modérée. Des travaux publiés dans Nature Medicine explorent une piste inédite : celle de l’âge biologique.
Contrairement à l'âge chronologique, c’est-à-dire le nombre d'années vécues, l'âge biologique reflète l'état de fonctionnement de l'organisme, incluant des changements cellulaires et moléculaires comme l’inflammation chronique, l’affaiblissement du système immunitaire ou l’accumulation de dommages dans les cellules. Il peut être influencé par différents facteurs comme le mode de vie, l'environnement ou l'état de santé. Pour estimer cet âge biologique, les chercheurs ont utilisé l’algorithme PhenoAge, qui combine les résultats de neuf tests sanguins de routine reflétant notamment la régulation de la glycémie, l’inflammation et la fonction immunitaire. Les résultats ont été validés avec d’autres algorithmes établis, comme la méthode Klemera-Doubal et l’âge métabolomique.
Une étude fondée sur les données de plus de 164 000 personnes
À partir d’échantillons sanguins et de données de santé provenant de plus de 164 000 personnes, issues de deux cohortes : la UK Bio Bank (environ 154 000 participants, principalement nés dans les décennies précédentes) et le programme américain All of Us (environ 10 000 participants, incluant des personnes nées dans les années 1990), les chercheurs de l’équipe PROSPECT ont comparé des participants nés à différentes périodes. Leurs résultats suggèrent que les générations les plus récentes pourraient présenter des signes de vieillissement biologique plus rapide que les précédentes. Les personnes nées entre 1965 et 1974 présentaient ainsi un niveau de vieillissement biologique accéléré environ 23 % plus élevé que celles nées au début des années 1950.
Les chercheurs ont également observé que les personnes dont l’organisme apparaissait biologiquement plus âgé que leur âge réel présentaient un risque plus élevé de développer un cancer avant 55 ans, notamment des cancers du poumon, des cancers digestifs et des cancers de l’utérus. Les résultats montrent des liens possibles entre le vieillissement de certains tissus ou systèmes de l’organisme et certains types de cancers : celui du système immunitaire apparaît associé au risque de cancer du poumon et celui du tissu adipeux, au risque de cancer colorectal.
Des résultats à confirmer et affiner par de nouvelles études
Ces travaux s’inscrivent dans une approche de pensée systémique : comprendre comment les facteurs environnementaux, les habitudes de vie et les facteurs sociétaux peuvent, tout au long de la vie, s’ancrer biologiquement dans l’organisme et contribuer à ces changements. L’étude pourrait, à terme, aider à mieux identifier les personnes présentant un risque plus élevé et orienter de nouvelles stratégies de prévention, de prédiction du risque et de détection précoce.
« À ce jour, nous n’avons pas de réponse définitive sur les causes de l’augmentation des cancers à début précoce dans le monde, mais des études comme celle-ci nous aident à reconstituer le puzzle. Elles montrent que le cancer pourrait être influencé non seulement par des changements au sein des cellules, mais aussi par des mécanismes plus larges affectant l’ensemble de l’organisme », explique le Dr David Scott, directeur de Cancer Grand Challenges. « Ces résultats suggèrent que le vieillissement biologique accéléré pourrait refléter l’impact combiné de nos modes de vie et de nos environnements sur l’organisme au fil du temps, ce qui pourrait contribuer à expliquer pourquoi certains cancers apparaissent plus tôt chez les jeunes générations. »
Un point de vue partagé par le Pr Bruno Quesnel, directeur du pôle Recherche et Innovation de l’Institut national du cancer (INCa) : « Cette étude, que nous soutenons via Cancer Grand Challenges, montre que, pour comprendre les cancers à début précoce, il faut désormais regarder au-delà des seules cellules cancéreuses et prendre en compte l'ensemble des mécanismes biologiques, environnementaux et sociétaux qui interagissent tout au long de la vie. »
Les auteurs soulignent toutefois que cette étude observationnelle ne démontre pas que le vieillissement biologique accéléré est directement à l’origine de ces cancers. De plus, l’âge biologique n’est pas actuellement mesuré en pratique clinique de routine, et cette étude ne suggère pas qu’il puisse être utilisé comme test de risque de cancer. Des recherches complémentaires seront nécessaires pour comprendre les mécanismes en jeu et préciser la portée de ces résultats.
Zoom : l’équipe de recherche PROSPECT
Cette collaboration internationale réunit des chercheurs du Royaume-Uni, des États-Unis, de France, d’Italie et d’Inde. Elle est soutenue, au travers du programme Cancer Grand Challenges, par l’Institut national du cancer (INCa), Cancer Research UK (CRUK), le National Cancer Institute américain et le Bowelbabe Fund for Cancer Research UK. L’équipe PROSPECT travaille actuellement à la mise en place de grandes études internationales pour comprendre les raisons de l’augmentation du cancer colorectal à début précoce dans le monde.