Leucémies aiguës myéloïdes : l’étude BIG-1, financée par le PHRC-K, affine les traitements de chimiothérapie pour en réduire la toxicité tout en préservant leur efficacité

Environ 3 000 adultes sont diagnostiqués avec une leucémie aiguë myéloïde (LAM) chaque année en France. Cette maladie du sang, qui touche plus fréquemment les personnes âgées, nécessite souvent des traitements lourds, avec des hospitalisations prolongées et un impact important sur la qualité de vie.

L’étude BIG-1 (Backbone Inter-Group-1) est un essai clinique académique français d’envergure ayant inclus plus de 3 000 patients sur 15 ans. Ses objectifs : comparer différentes stratégies de chimiothérapie afin d’identifier le meilleur équilibre entre efficacité et tolérance, et harmoniser les pratiques cliniques sur l’ensemble du territoire. Il a été financé par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) en 2010, via le Programme hospitalier de recherche clinique cancer (PHRC-K) piloté et géré par l’INCa.

Rencontre avec le Pr Mathilde Hunault-Berger, hématologue, chef du service des maladies du sang au CHU d’Angers et principale investigatrice de cette étude depuis 2016.

Quelles sont les principales caractéristiques des leucémies aiguës myéloïdes ?

La leucémie aiguë myéloïde (LAM) est un cancer du sang qui touche spécifiquement la cellule souche hématopoïétique, à l’origine de toutes les cellules sanguines : globules rouges, globules blancs, plaquettes. Des événements oncogéniques [c’est-à-dire des anomalies qui transforment des cellules saines en cellules cancéreuses, NDLR] bloquent la différenciation de ces cellules : elles restent à un stade immature, deviennent des blastes [cellules sanguines anormales, NDLR] et prolifèrent dans la moelle osseuse. On parle de LAM lorsque la moelle contient au moins 20 % de blastes, contre moins de 5 % en situation normale. 

Cette prolifération empêche la fabrication normale des cellules sanguines, ce qui entraîne une insuffisance médullaire [la moelle osseuse ne produit plus assez de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes, NDLR]. Elle se traduit par une anémie, des infections, des saignements spontanés, des bleus inexpliqués… Les blastes peuvent aussi passer dans le sang et infiltrer d’autres organes, comme le foie, la rate ou les ganglions.

En France, environ 3 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année chez l’adulte. La fréquence augmente avec l’âge. Les principaux facteurs de risque identifiés sont l’âge, certaines expositions (radiations, benzène – dont le tabac est une source importante), des traitements anticancéreux antérieurs ou l’évolution d’un syndrome myélodysplasique [anomalie de la production des cellules sanguines par la moelle osseuse, NDLR]. Dans la majorité des cas, l’origine de la maladie reste cependant inconnue et probablement multifactorielle. 

On peut aujourd’hui guérir environ la moitié des patients en adaptant les traitements à leur situation. Chez les patients plus jeunes présentant un pronostic dit « favorable », les chances de guérison sont de l’ordre de 70%. À l’inverse, au-delà de 70 ans, le pronostic reste beaucoup plus sombre, avec une survie beaucoup plus faible et peu de chances de guérison.

Au-delà de la survie, la réalité des traitements est marquée par une forte altération de la qualité de vie : hospitalisations longues, complications infectieuses, fatigue intense, isolement. Une reprise du travail est parfois possible après 6 mois à 1 an mais la surveillance reste étroite, le risque de rechute pouvant persister jusqu’à 5 ans, surtout au cours des deux premières années. Pendant cette période, ces patients connaissent la peur de la rechute, les complications de la chimiothérapie et/ou de l’allogreffe, l’éventuelle survenue d’un deuxième cancer… Oui, la qualité de vie est dégradée !

Quels sont les traitements actuels des LAM chez les patients de 18 à 60 ans, et leurs limites ?

Le traitement des LAM repose depuis plus de 50 ans sur une chimiothérapie intensive, avec une phase d’induction destinée à obtenir une rémission suivie de cures de chimiothérapie de consolidation. Dans certaines situations à haut risque de rechute, une allogreffe de moelle osseuse peut être proposée. Depuis 10 ans, dans certaines LAM, on trouve des mutations sensibles à des thérapies ciblées. Le plus souvent, ces traitements sont alors associés à la chimiothérapie pour augmenter les chances de guérison de ces malades.

Les traitements par chimiothérapie sont efficaces mais lourds. En effet, ils entraînent une aplasie médullaire [arrêt temporaire de la production des cellules sanguines par la moelle osseuse, NDLR] nécessitant des hospitalisations prolongées, souvent répétées. Ils exposent aussi les malades à de nombreuses complications : infections, mucites, fatigue sévère... C’est pourquoi l’un des grands enjeux actuels est d’améliorer la tolérance de ces traitements sans en diminuer l’efficacité, afin d’en limiter les séquelles à long terme. Rappelons toutefois que sans traitement, la survie n’est que de quelques mois ! Les LAM restent des maladies graves.

« Tous les patients de 18 à 60 ans en France devraient pouvoir être traités de la même façon 
dans tous les centres traitant des LAM, et bénéficier des avancées technologiques 
nous permettant d’adapter au mieux leurs traitements. »

- Pr Hunault-Berger

Quels sont les objectifs de l’étude BIG-1 et qu’ont apporté ses résultats ?

L’essai BIG-1 est un essai académique multicentrique randomisé conduit en France chez des patients âgés de 18 à 60 ans atteints de LAM. Son objectif était double : harmoniser les pratiques de prise en soins sur l’ensemble du territoire et optimiser les traitements en recherchant les schémas les plus efficaces avec la toxicité la plus faible possible. Cet essai débuté en 2010 grâce à un premier PHRC-K a permis d’inclure 3 033 malades, ce qui est énorme ! Cela nous a permis de répondre à deux questions précises sur les traitements utilisés.

Ainsi, en chimiothérapie d’induction [c’est-à-dire de traitement d’attaque, la plus lourde, NDLR], vaut-il mieux utiliser de l’idarubicine ou de la daunorubicine ? Ces deux molécules standard ont montré une efficacité similaire, mais nous avons mis en évidence que la daunorubicine est un peu moins toxique que l’idarubicine. Cette conclusion a permis de modifier les recommandations nationales cliniques sur la chimiothérapie d’induction des LAM !

Nous avons aussi requestionné la dose standard de cytarabine, un autre médicament de chimiothérapie utilisé dans les cures de consolidation [c’est-à-dire d’entretien de la rémission, plus courtes et moins lourdes, NDLR]. Nous avons comparé des doses standard de 3g contre 50% de moins, soit 1,5g. Et nous avons démontré que leur efficacité était similaire en termes de survie globale à 5 ans. En revanche, la toxicité est plus faible avec les doses à 1,5g, avec moins de complications liées à la chimiothérapie. Ces résultats sont parus dans le NEJM Evidence en juin 2025 et, là encore, permettent de modifier nos pratiques cliniques sur le traitement de ces cancers, au bénéfice de tous les patients, en France mais aussi dans le monde grâce aux publications et présentations faites lors de congrès internationaux.

BIG-1 constitue par ailleurs une plateforme de recherche majeure permettant de conduire de nombreuses analyses complémentaires, notamment pour améliorer la tolérance des traitements 
ou explorer de nouvelles associations thérapeutiques. Ainsi, une étude ancillaire [c’est-à-dire une étude complémentaire à l’étude principale, NDLR] a inclus 220 malades en janvier 2025 pour tester une nouvelle molécule, en plus des chimiothérapies de consolidation actuelles, en vue d’améliorer leur efficacité. Les données sont en cours d’analyse pour une publication prévue cette année. Par ailleurs, la congélation des cellules des patients au moment du diagnostic et lors des différentes étapes du traitement permet de très nombreuses recherches, parfois avec des technologies très poussées. Ces recherches sont également en cours d’analyse.

Pour la suite, un deuxième essai d’envergure, appelé BIG-2, est déjà en préparation ! 

« Nous sommes reconnaissants à l’INCa de pouvoir pousser nos recherches académiques aussi loin. »

- Pr Hunault-Berger

Comprendre l’étude BIG-1

BIG-1 est un grand essai clinique français qui compare, chez des adultes atteints d’un cancer du sang appelé leucémie aiguë myéloïde (LAM), différentes stratégies de chimiothérapie déjà utilisées, afin d’identifier celles qui offrent la même efficacité avec moins d’effets indésirables.

En voici deux exemples concrets :

  • en chimiothérapie de début de traitement (dite d’induction), la plus lourde, comparer deux molécules proches pour choisir la plus tolérable à efficacité égale ;
  • en chimiothérapie de consolidation de la rémission, démontrer qu’une dose intermédiaire de la molécule utilisée peut être aussi efficace, et moins toxique, qu’une dose élevée.

Les enseignements de cet essai ont ainsi permis de modifier les pratiques médicales sur le traitement de la leucémie aiguë myéloïde.

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